La mafia lactée au travail

Coup de coeur, Speakeuses

En avril dernier, avait lieu la 7ième édition de MiXiT, vous savez la conf lyonnaise « des crèpes et du cœur » (avec salle d’allaitement et de change bébé). A cette occasion, nous recevions Agnès et Sarah pour un talk intitulé « La mafia lactée au travail » (dont voici le script). J’ai adoré le concept! J’avais aussi lu un article d’Agnès qui expliquait ses trois jours de conférence à Paris Web avec son bébé de 6 mois. C’est un sujet dont on parle vraiment peu. Je me suis donc dit qu’il fallait ABSOLUMENT les interviewer 😉

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Agnès C. : Pouvez-vous vous présenter ? Votre vie, votre œuvre…
Sarah : Je m’appelle donc Sarah Haïm-Lubczanski. Après avoir étudié à la fac, j’ai été développeuse PHP, formatrice sur des technologies open source, re-développeuse PHP pendant une dizaine d’années. Maintenant, je suis Technical Writer dans une entreprise norvégienne qui produit un CMS opensource en PHP (eZ Systems). Par ailleurs, j’ai été active dans le monde associatif autour de mon métier, à Paris et à Lyon.
Agnès H. : Je suis Agnès Haasser. J’ai suivi une prépa scientifique puis intégré une école d’ingénieur « traditionnelle », mais je trempe dans l’info depuis que je suis toute petite, donc finalement je suis devenue développeuse web en sortant d’école en 2010. Mes langages de prédilection sont le PHP et le CSS, mais je touche à pas mal de choses. Je vis à Lyon. Actuellement je travaille et je suis très bien chez TEA, une entreprise de 20 personnes qui permet à des libraires de vendre des livres numériques.

Agnès C. : Vous faisiez un Talk a MiXiT récemment “la mafia lactée au travail”, de quoi parliez-vous?
Sarah : de nichons !
Agnès H. : …et plus précisément de la manière dont on s’en sert : l’allaitement maternel. Et la conciliation entre l’allaitement maternel et le travail, dans les conditions relativement favorables de l’informatique. Nous avons commencé par une partie scientifique sur l’allaitement humain en général, puis enchaîné sur un retour d’expérience sur la façon dont nous avons mené nos propres allaitements en travaillant.

Agnès C. : Pourquoi avez-vous eu envie de parler de ce sujet? Avez-vous été frustrées au travail vis à vis de vos allaitements?
Agnès H. : En échangeant avec d’autres mères et avec mes collègues, je me suis rendue compte que le sujet était mal connu. Celui de l’allaitement en général (festival de contre-vérités du genre “oh mais tu n’auras pas assez de lait”) et aussi celui de l’allaitement au travail (j’entends souvent qu’on est obligée de sevrer quand on reprend le boulot, et c’est faux). Personnellement, je n’ai pas du tout été embêtée par mes collègues pendant ou après mes séances de tire-lait au travail, car ils ont été très respectueux. En revanche, l’absence de local où avoir à la fois l’intimité, l’hygiène et le matériel requis pour tirer mon lait ont été plus handicapante. Sur les quatre femmes de mon entreprise à avoir accouché cette année-là, je suis la seule à avoir continué à la reprise.
Sarah : J’ai suivi Agnès et ai voulu participer à son initiative car je trouve le sujet important. Pour amener des femmes en informatique, il faut penser à toute la carrière de ces femmes, pas seulement au débuts de carrièrel. Étant la seule femme de mon équipe à chaque allaitement, je n’ai pas de point de comparaison, et j’ai bien vécu mes allaitements.

un slide du talk la Mafia lacttée au travail

Agnès C. : Avez-vous découvert des trucs en préparant ce talk?
Sarah : bien entendu ! J’avais déjà passé énormément de temps à me documenter, et de plus, mon apport sur ce talk relevait du témoignage, ma co-speaker, Agnès étant sur la partie scientifique, pourtant, j’ai quand même appris des nouvelles choses. L’allaitement humain est encore trop peu étudié, comme, hélas, le corps des femmes. Il reste de la place pour la recherche dans ce champ ! (nudge nudge, wink wink, you know what I mean?)
Agnès H. : PLEIN ! C’était génial. Alors que je croyais déjà savoir beaucoup de choses. Je peux parler de nichons pendant des heures, maintenant.

Agnès C. : Savez-vous comment ça se passe dans d’autres pays, concernant les dispositifs facilitant l’allaitement au travail ?
Agnès H. : Les pays nordiques ont des congés maternité plus longs que nos ridicules 2 mois et demi post partum, ce qui favorise l’allaitement tout court : pour moi l’idéal serait de ne pas avoir besoin du tout de tirer mon lait au travail parce que mon bébé serait déjà pleinement diversifié. Sinon je ne sais pas au juste s’il existe des dispositions en particulier sur l’allaitement au travail dans les autres pays.
Sarah : En Norvège, par exemple, le congé maternité est de 52 semaines, tandis qu’en Allemagne il y a tellement peu de moyens de garde d’enfant avant 3 ans que les mères ne reprennent pas le travail et ont réellement les moyens d’allaiter. Cependant, ont-elles le choix quand il s’agit de l’Allemagne ?

Agnès C. : Quelles ont été les réactions de l’assemblée lors de votre talk?
Agnès H. : Je sais que certains (…pas des femmes) ont séché la conf en apprenant le sujet (c’était une conférence random, une « surprise », le public ne choisissait pas). D’autres ont sciemment décidé de venir alors qu’ils étaient destinés à une autre conf, ignorant les règles des conférences random. Les réactions de ceux qui ont finalement assisté à la conférence étaient très positives : tous étaient contents d’avoir appris quelque chose.
Sarah : Je confirme que les réactions ont été très positives. Hormis deux participants au fond qui somnolaient, le reste de la salle était attentif. Il faut dire que nous avions préparé cette session pour ce public en particulier.

Agnès C. : Pas mal de gens étaient surpris de voir une salle d’allaitement et de change à MiXiT (qui a pas mal servie!). Vous en voyez beaucoup quand vous faites des conférences ou d’autres types d’événements publics?
Sarah : Ma réponse sera oui, et non. Dans la mesure où je participe de plus en plus à des événements autour de la parentalité, je croise des salles de change, ou simplement des dispositifs de change aux WC. Sur les conférences IT, en revanche, c’était ma première fois, j’en suis émue.
Agnès H. : Tout type d’événement confondus (je fréquente moins les événements parentalité que Sarah, peut-être) c’était la première fois que je voyais une salle d’allaitement / bébé « officielle » en conférence, mise en avant sur une affiche et dans la présentation de l’équipe. J’espère que MiXiT fera des émules.

Agnès C. : Êtes-vous pour ce type de dispositifs et voir plus de bébés avec leurs parents en conférence ou préférez-vous qu’ils et elles restent chez eux, parce ce que vous avez envie d’être tranquilles quand vous faites une conférence 😉 ? Un autre truc qu’on nous a dit sur la salle d’allaitement c’est qu’on n’encourageait pas à visibiliser l’allaitement, qu’en pensez-vous ?
Sarah : Pour les dispositifs, je suis partagée. Personnellement, j’ai emmené mes bébés à des conférences courtes, en soirée, par exemple, car j’allaitais. Étant la seule source de nourriture du bébé, l’enfant me suivait partout.
J’apprécierais de voir les enfants plus intégrés dans la vie (des adultes). A l’heure actuelle, les enfants vivent dans un monde séparé, et dès qu’il y a un enfant dans un milieu dédié aux adultes, c’est vécu comme une intrusion pour les adultes. Alors que tout adulte a été d’abord un enfant ! Et je crois que les enfants ont besoin de Role Model, d’attention, de temps partagés avec les personnes qui les élèvent, d’une part et je crois aussi qu’il faut “un village pour élever un enfant”, c’est-à-dire que le contact d’autres adultes que les parents est vital pour l’enfant, et pour les parents (des relais). A ce sujet, j’avais écouté une conférence sur les Alloparents de Claude Didier-Jeanjouveau, voir ce lien
Par rapport à la visibilité de l’allaitement, je comprends qu’il faut le banaliser en le rendant visible. Cela dit, sur un événement sur le temps de travail, l’allaitement consistera parfois à pomper le lait. C’est un moment déjà technique, requérant de l’hygiène, de la concentration. On se dénude plus que pour allaiter. Je ne me vois pas du tout pomper mon lait au vu et au su de tous mes pairs !
Agnès H. : J’ai emmené ma deuxième fille à Paris Web 2016 car j’y donnais une conférence alors qu’elle était encore allaitée significativement. Donc j’ai fait 3 jours de conférences loin de chez moi avec un bébé de 6 mois dans une poussette que j’ai gardée avec moi une bonne partie du temps. Le staff me l’a gardée par moments en la promenant en porte-bébé, mais je n’ai pas pu la poser quelque part à terre pour qu’elle se tortille en sécurité. Honnêtement, si j’avais eu le choix je l’aurais laissée chez nous. Mes enfants sont cool, mais j’aime bien que ma vie de dév soit séparée de ma vie de famille : mon premier Paris Web, en 2014, c’était des « vacances de bébé » où je n’ai pas eu de repas ou de couchers à gérer pendant 3 jours. En 2016, je n’ai pas été hyper concentrée sur les conférences parce que je craignais que bébé pleure ou se fasse marcher dessus. Et je sais que je manque de patience vis-à-vis des enfants des autres qui font du bruit quand j’essaie de me concentrer sur un discours. Donc effectivement, je préfère que mes enfants restent à la maison, et si enfants il y a à une conférence, ça ne devrait pas empêcher les participants de suivre les interventions sereinement. (Prévoir un espace garderie où ils puissent s’occuper, par exemple ?)
Pour la salle d’allaitement qui ne “promeut pas la visibilité de l’allaitement”, je dirais qu’on ne va pas allaiter “pour être visible”, mais pour nourrir un bébé. On peut tout à fait donner une tétée dans un amphi bondé, mais dans un amphi bondé mon bébé lâche le sein à chaque bruit inconnu pour regarder partout. (Paie ta visibilité de l’allaitement quand tu envoies du lait sur les voisines avec ton réflexe d’éjection…)(Oui, ça m’est arrivé.) Les tétées sont quand même bien plus efficaces dans un lieu calme. Sans compter la question de l’intimité : on peut ne pas vouloir se dénuder n’importe où (pour du tire-lait ou de la tétée de bébé), c’est normal !

Agnès C. : Avez-vous d’autres idées folles pour la suite? Genre allez-vous postuler à d’autres CFP pour une tournée mondiale?
Agnès H. : J’ai redonné la même conf, légèrement revue, en solo à Clermont-Ferrand (pour Clermont’ech, une asso de dév clermontois dont le logo est un ornithorynque). J’ai zappé le CFP à Paris Web et le Blend Mix. J’ai essayé de proposer à l’AFUP Lyon, mais le responsable des sujets n’a pas l’air très chaud… Sinon j’ai dans l’idée de proposer nos slides en format open source, afin que d’autres puissent donner la présentation dans des UG locaux un peu partout en France. Et par ailleurs je commence à m’impliquer dans une association d’aide à l’allaitement, pour aider plus de mères allaitantes même en dehors de l’IT. 🙂
Sarah : Je suivrais Agnès dans ses idées folles tant que j’en serai capable !

Merci Agnès et Sarah !

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Agnès CREPET est Java Champion, elle est Duchess France Leader, et fait partie de l'équipe fondatrice et organisatrice de la conférence Mix-IT. Elle a été également Lyon JUG Leader pendant plusieurs années. Elle partage son temps aujourd'hui entre Ninja Squad, la société qu'elle a co-fondé avec trois autres développeurs passionnés, et l'Ecole des Mines de Saint-Etienne où elle s'occupe de pédagogie active et de cours de programmation. Suivez-là sur Twitter!

Commentaires

  • Denney dit :

    « visibiliser l’allaitement »: c’est difficile alors que celles qui allaitent en public se font virer des magasins ou sont couvertes de torchons dans des cafés, quand les hommes n’essaient pas de reluquer. c’est difficile lorsqu’on est novice, lorsqu’on est pudique. Et certains bébés n’aiment pas téter en public aussi, d’autres lâchent facilement le sein pour regarder ce qui se passent derrière, ou parce qu’un lourdaud essaie de le distraire (situation véridique et vécue). Une mère doit pouvoir allaiter partout en public sans être dérangée, mais on doit aussi leur réserver des endroits pour les cas où elles ont besoin de s’isoler alors qu’elles sont en public.

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