Claude Falguière

Les portraits

Nous continuons cette série d’interviews avec Claude Falguière. Membre de la team Duchess France depuis le début, elle participe aussi à de nombreux autres projets : ParisJUG, Devoxx4Kids, Devoxx France… Dans cette interview, elle vous les présentera ainsi que ces motivations. Vous pourrez aussi en apprendre plus sur le comité de sélection de Devoxx France et avoir ses conseils. Enfin, développeuse touche-à-tout, elle nous parlera aussi des hackathons, bidouilleurs, makers, robots et objets connectés qu’elle met à l’honneur dans le track Future<Devoxx> dont elle est leader à Devoxx France.

Blandine : Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter rapidement ?

Claude : Je suis consultante chez Valtech sur les sujets Devops et Performance. Mon langage est principalement Java, mais je développe aussi en Clojure, Scala et pour la Leap Motion pour le fun. Je suis investie dans Devoxx4Kids pour mettre en place des apprentissages ludiques de l’informatique et je participe aux organisations Duchess France, ParisJUG et au comité de programme Devoxx France.

Blandine : Pourquoi es-tu dans tant d’organisations et comment fais-tu pour gérer ?

Claude : C’est un concours de circonstances et j’ai du mal à choisir. Je travaille depuis plus de 20 ans. Au bout d’un moment, on n’attend plus de toi que tu fabriques quelque chose, mais que tu expliques aux autres comment le faire, ce qui est intéressant, mais aussi que tu viennes démêler des situations inextricables, et tout ça pour hier et au moindre coût, ce qui l’est moins. J’ai choisi de rester dans le domaine technique et j’ai souvent vu des horreurs en terme de performances et de techniques de développement. On explique, on négocie, on tape sur la table, on n’est jamais vraiment satisfait du résultat même s’il est moins mauvais. Et souvent aussi, on ne voit pas le résultat. Un client m’a recontactée pour me remercier parce que les quick win avaient multiplié les performances par 10, et j’ai été très contente de savoir que j’avais été utile. Le plus souvent, on passe à autre chose et on ne sait pas si on a été utile ou pas.

Au bout d’un moment, j’avais envie de rencontrer des développeurs “normaux” qui s’intéressent à leur travail, cherchent à s’améliorer, à apprendre de nouvelles choses. Bien sûr, dans une société de conseil, on est dans un environnement assez riche, mais finalement on ne se croise pas si souvent et peu sont sur les mêmes sujets que moi. J’ai rencontré le Paris JUG via un collègue. Je n’ai pas imaginé y contribuer sur le moment. Un peu comme tout le monde, je me suis mise en position de consommateur. Au bout d’un moment, j’ai aussi commencé à proposer des présentations, écrire des posts techniques et alimenter cet écosystème sur des sujets qui me tiennent à coeur. Twitter a été déterminant aussi et la proximité d’un réseau de développeurs m’a permis de trouver rapidement des gens intéressants à suivre.

Tout ça m’a permis de voir émerger Duchess France avec l’annonce d’Ellène. Et là je me suis dit, on n’est pas nombreuses alors si je ne sors pas du bois qui le fera. Et j’ai rejoint le groupe qui a fondé Duchess France.

J’ai beaucoup contribué à Duchess, les premières années et depuis un an j’ai fait une pause pour me consacrer à la fondation de Devoxx4Kids en France avec Audrey Neveu. Le déclencheur, c’est le discours de Stephen Jenkins à Devoxx 2013. Nous, les grands enfants, on sort des conférences plein d’énergie et de motivations pour apprendre de nouvelles choses, que ce soit les grandes comme Devoxx ou Mix-IT (pardon pour les autres, il y en a trop à citer) ou les user groups. Alors pourquoi pas les enfants ? L’idée que la robotique est pour les enfants d’aujourd’hui ce qu’étaient les “sasfaipu” de notre temps a fait mouche. En tant qu’informaticiens, on pense programmation, IHM, mais on ne pense pas aborder la programmation via des objets programmables et des robots.

Devoxx4Kids pour moi c’est une suite de Duchess, d’abord parce qu’on était déjà bien rôdées pour travailler ensemble, et puis parce qu’en regardant un peu, on se rend compte qu’il y a peu d’informaticiennes parce qu’il y a peu d’étudiantes en informatique, parce que peu de lycéennes tentées par ces études et que tout ça peut se déterminer assez tôt par les jeux auxquels on est exposées et le type d’encouragement qu’on reçoit. Devoxx4Kids est pour tous, filles et garçons, mais on est attentives à ce que les filles puissent s’investir aussi dans les activités proposées.

C’est cette association qui prend la plus grande place en ce moment. On n’a pas mal bougé depuis un an pour accompagner des Devoxx4Kids en Régions dans une dizaine de villes. On vient de faire le premier Devoxx4Kids Paris. Un gros challenge, beaucoup de travail, mais aussi beaucoup de satisfactions et pas seulement la visite de Fleur Pellerin. Au passage, c’était assez étonnant de voir une personnalité politique sincèrement intéressée par les activités d’initiation à l’informatique et la robotique. L’informatique à l’école est un sujet qui préoccupe beaucoup de monde en ce moment.

Les enfants sont étonnants aussi. Sous couvert de jeux, ils fournissent finalement beaucoup d’effort pour construire une animation, un jeu, un robot et acceptent sans rechigner d’apprendre comment utiliser les outils de programmation pour réaliser leur projet. On a souvent du mal à les décrocher de l’ordinateur à la fin de l’atelier.

 

Blandine : Mais tu es aussi dans Devoxx France. Comment ça s’est passé ?

Claude : C’est Duchess qui m’a amenée à participer à l’équipe du Paris JUG. Antonio Goncalves nous a aidées à démarrer et a voulu intégrer une Duchess dans l’équipe. Au début, je cherchais ma place, car ça n’est pas simple de s’intégrer dans un groupe constitué, puis j’ai finalement remplacé Tanguy pour le son et José pour les photos.

Les deux premières années, j’ai participé à Devoxx France en tant que VIP Paris JUG. Je n’ai été impliquée qu’à la fin pour aider les participants en tant que gilet rouge et faire les photos.

A Devoxx Anvers 2013, j’ai craqué sur un certain nombre de talks Future<Devoxx>. Je suis fan de Science-Fiction, de type Hard Science, Isaac Asimov, Arthur C. Clake pour les plus connus, David Brin, Gregory Benford, Gear Bear pour les ceux qui connaissent un peu plus. Cette branche de la Science Fiction élabore depuis longtemps des scénarios autour des évolutions du réseau, de l’informatique, la robotique, la neuro-informatique, la bio-informatique, les IA, les nanotechnologies. Bien sûr qu’on peut se poser des questions sur les risques des nouvelles technologies, mais il y a aussi de formidables opportunités. Et puis, la réalité augmentée, les interfaces gestuelles, les smartglasses, c’est ludique, ça redonne envie de se mettre à programmer.

J’ai fait ma liste au Père Nöel au comité de programme de Devoxx France avec tous les talks intéressants et là ils m’ont dit “écoute, t’as qu’à venir et t’en occuper, on a besoin d’un track Future”. C’est ça le monde associatif. Si on veut que les idées se réalisent, il faut remonter les manches et se mettre au boulot.

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Blandine : Alors comment ça se passe le comité de programme ?

Claude : On est submergé de propositions. J’ai noté 531 propositions sur 702. J’admire ceux qui ont tout noté. C’est un boulot énorme.

La pire difficulté c’est qu’au bout d’un moment tout se ressemble. Beaucoup de speakers pensent avoir de meilleures chances en mettant tous les mots clé : c’est une démo DevOps d’Internet Of Things en Big Data, en Réactive programming Java 8, déployée sur NoSql dans le Cloud grâce à Docker. A la fin, on ne sait plus trop de quoi parle le talk, ou bien on ne voit pas très bien comment tout ça va tenir dans un Tools in Action de 30 min. A l’inverse, certains sujets sont terriblement obscurs au premier abord parce que le sujet est tout nouveau ou dans un domaine un peu particulier (c’est le cas souvent des sujets de chercheurs).

Heureusement, j’ai bénéficié du nouveau site de CFP avec des fonctions cousues main pour nous développées par Nicolas Martignole. Les commentaires mis par les autres membres et les discussions avec les speakers ont clarifié les sujets. La notation a permis de gagner du temps lors du choix des sujets. Choix terriblement difficile. Il y a aussi tout un jeu de contraintes, les speakers internationaux à placer, l’équilibre des sujets, l’équilibre des niveaux, il faut des sujets pointus et d’autres plus abordables, du buzz et aussi des sujets plus utilisables dans notre quotidien. Il y a beaucoup de bonnes propositions qui se sont trouvées justes au-dessous de la barre.

J’ai mieux compris l’autre côté du décor. Quand on a soumis une proposition et qu’elle n’est pas prise, on est toujours irrité. En fait, ça tient souvent à peu de choses. Si j’ai quelques conseils à donner, c’est être clair, cibler un sujet, faciliter la vie du comité en fournissant des liens sur du contenu qui sera présenté ou qui est similaire, être souple sur les formats. Le buzz n’est pas forcément gagnant à tous les coups, car il y a beaucoup de prétendants. Un bon sujet un peu original bien présenté peut sortir du lot. Et surtout, ne pas attendre le dernier jour, on a plus de temps à accorder aux premières propositions.

Blandine : Qu’allons-nous trouver dans le track Future<Devoxx> ?

Claude : Cette année, le track s’est monté en deux mois, pour une grande partie avec les contacts qu’on avait déjà. Il y a beaucoup de Raspberry Pi et d’applications domotiques. Ces sujets sont d’actualité depuis plusieurs années, ils restent dans Future<Devoxx> d’abord pour les aspects matériels qui ne sont pas trop dans le thème des autres tracks et aussi parce qu’on est dans la période où ces technologies deviennent un marché Internet Of things ce qui change un peu la donne. Il y a aussi des sujets inclassables dans les autres tracks, comme les bitcoins, un sujet devenu plus chaud depuis la sélection, la reconnaissance vocale et le Crazyflie, un nano quadcopter à monter soi même.

Il y a quand même quelques sujets plus futuristes sur les Smart Glasses, la Leap Motion, le bracelet Myo. Il commence à y avoir des applications, mais plutôt sur des jeux ou des loisirs. Le BOF interface gestuelle sera d’ailleurs consacré aux nouveaux devices basés sur la détection de mouvements. Il n’y a pas vraiment de communauté comme pour Java, Scala ou les Smart Glasses, mais c’est l’occasion de mettre ensemble des gens qui peuvent la créer. Et il y a aussi un BOF Smart Glasses qui lui est animé par la communauté.

Pour l’année prochaine, je commence à prendre des contacts avec des gens qui travaillent dans des domaines qu’on connait moins, comme les objets connectés dans les wearable et le monde médical.

Blandine : J’ai aussi vu des hackatons. De quoi s’agit-il ?

Claude : Je voulais que Future<Devoxx> soit fun. Au Breizhcamp de 2013, des démos s’étaient improvisées dans le hall autour de Laurent Huet et Nicolas Ledez. J’avais trouvé que c’était une super idée. A Devoxx France, un petit groupe est plus difficile à trouver s’il n’est pas annoncé. Par ailleurs, Oracle voulait organiser des hackatons, alors on a tout réuni.

On aura un espace dans le hall du bas jeudi et vendredi pour se retrouver, échanger sur les démos et participer à des hackatons. On n’a pas voulu que seuls ceux qui font les hackatons puissent programmer et on a aussi prévu des petits tutoriaux de prise en main sur différentes technologies. Le jeudi soir, cet espace se transformera en BOF.

Je ne suis pas seule. Laurent Huet, Jean-François Garreau et Horacio Gonzalez vont amener des démos pour le labo Future<Devoxx>, Sébastien Nedjar et Jonathan Baudin préparent des tas de trucs bizarres pour faire des instruments de musique dans le hackaton des bidouilleurs, Audrey Neveu et Tasha Carl préparent le hackaton NAOKids avec Scratch. Oracle prépare aussi un hackaton Java8 avec une place Java One à la clé et fera quelques interviews pour OTN.

Nous avons des réunions tous les lundis et sur la base de ce que j’ai vu jusqu’à présent je m’attends à tout avec Sébastien et Jonathan. J’espère juste que la sécurité ne s’alertera pas trop en voyant débarquer un semi-remorque d’objets bizarres et deux gars habillés en savant fou. Et tant qu’à être fou, un concert est prévu avec les instruments de musique qui seront créés.

 

Le labo Future<Devoxx> se déroule en parallèle des hackatons. Il fera une série de thèmes de 30 min ou 1h qu’on annoncera pendant la conférence. Les thèmes identifiés sont : NAO, Arduino, Raspberry Pi, Beaglebone, Leap Motion et les robots pour les mini-geeks (Makey Makey, Lego Wedo, Lego Mindstorm). On aura aussi la visite du quadcopter de Crazyflie, Geert Bevin et ses projets sur Leap Motion et peut être un hologramme. Si vous avez des démos intéressantes, n’hésitez pas à prendre contact avec nous pour qu’on vous fasse une place.

Le programme sera annoncé sur ce support : Labo Future et Hackatons Devoxx France 2014.

Et pour finir, il y aura un vendeur de matériel dans le hall des exposants si vous craquez sur un Arduino, un Raspberry Pi ou un Makey Makey.

Donc voilà, j’espère qu’on vous verra nombreuses et nombreux pour faire un tour ou plancher sur un futur hit dans les hackatons.

Merci à Claude pour cette interview ! 

On compte sur vous pour participer à Devoxx France 🙂

Blandine Bourgois est développeuse Java chez un éditeur de logiciel. Elle est membre du programme Nao développeur depuis 2012. Marseillaise depuis peu, elle espère rencontrer d’autres développeuses pour organiser des soirées ou participer à des projets/hackathon/concours de dev dans le sud…