BOF Duchess France à Devoxx et présentation de Mix-IT par Agnès Crepet

Les conférences

Pour poursuivre notre série d’interview, voici les réponses d’Agnès Crepet co-organisatrice de Mix-IT. Elle co-présentera aussi le BOF Duchess France dans quelques jours à Devoxx.

Blandine : Qui es-tu ? Peux-tu définir ton travail actuel ?
Agnès : Je suis donc Agnès Crépet ;-)
Le jour, je suis architecte au sein de la DSI des Laboratoires Boiron. Je participe à la mise en place des méthodes (agiles) de développement, aux choix des frameworks (principalement issus de l’écosystème Java) ainsi qu’au développement des applications développées en interne.
La nuit, je mets ma casquette d’activiste des communautés techniques : je suis Leader de 2 JUGs : le Lyon JUG et de Duchess France et je suis membre de l’équipe fondatrice de la conférence Mix-IT et de celle du podcast cast-it.

Blandine : Comment es-tu tombée dans le monde JAVA ? Te souviens-tu de ton premier programme en JAVA ?
Agnès : C’était à l’école, il y a 12 ans… Mais en dehors de mes TP classiques implémentés lorsque j’étais étudiante, mon premier « vrai » programme java je l’ai développé lorsque j’étais dans ma première société, un éditeur bancaire. On refondait une application en Java, historiquement écrite en Cobol. A l’époque, c’était donc avec Struts 1 et les premières versions beta d’Hibernate. J’ai eu la chance très tôt de pouvoir travailler avec des frameworks, qui te permettaient de gagner en productivité et en homogénéité.

Blandine : Comment te situes-tu dans l’écosystème JAVA ? Dans quel projet(s) /user group interviens-tu ?
Agnès : Je suis donc active dans 2 JUGs : le Lyon JUG et Duchess France et tous les mois avec mes compères podcasteurs, on sort un épisode de Cast-IT.
Je participe également à des projets de développement bénévolement. J’ai par exemple développé le site de la conférence que je co-organise Mix-IT. Ce qui m’a permis de tester des frameworks que je n’avais jamais mis en pratique comme Play ! Et j’ai d’autres projets de ce type en cours.
J’ai donné également des talks et cours (Méthodes Agiles, Java, Design Patterns). Récemment, j’ai donné notamment une formation de plusieurs semaines bénévolement au Togo, des talks en Asie.

On peut me suivre sous twitter : @agnes_crepet, sous google plus : https://plus.google.com/116189330666769817164. On peut également m’entendre au micro de Cast-IT. Vous pouvez également voir sur GitHub les projets de coding sur lesquels je travaille  : https://github.com/acrepet et j’écris régulièrement sur le blog des Duchesses.

Blandine : Pourquoi as-tu choisi ce métier ? As-tu les mêmes motivations qu’au début ?
Agnès : Pour moi ce qui est magique dans ce métier c’est que l’on apprend en continu. Et cet aspect est très motivant. Le fait de développer des logiciels c’est aussi pour moi une manière d’apporter de la valeur au monde. Le domaine du logiciel libre est, par exemple, pour moi extra-ordinaire du point de vue du modèle économique et social sous-jacent. Et en tant qu’acteur du monde du logiciel, on peut aussi diffuser ses idées facilement. Et ce sont ces idées qui peuvent contribuer à changer (un peu) le monde.

Par rapport à mes débuts, j’ai sûrement encore plus envie de partager, de rencontrer des gens des différentes communautés techniques. Il y a 12 ans, je découvrais le développement Java, mais je restais relativement seule. Aujourd’hui, je trouve fascinant le foisonnement autour des différents user groups qui existent.

Blandine : Tu vas présenter co-présenter le BOF Duchess France à Devoxx France avec Audrey Neveu. A qui s’adresse-t-il ? Pourquoi faut-il venir vous voir ? De quoi allez vous parler ?
Agnès : Le Bof s’adresse à tout le monde, hommes/femmes, développeurs, personnes non techniques, etc. Si vous voulez en savoir plus sur Duchess France, il faut venir à ce BOF puisqu’on reviendra, dans une première partie, sur les objectifs et les actions menées par ce JUG.
Enfin si la question de la disproportion des femmes dans l’informatique en France vous intéresse. Si vous voulez savoir si c’est partout pareil… Et bien venez au BOF puisqu’on abordera cette question dans une deuxième partie. Je donnerai notamment un retour sur mes voyages en Afrique et en Asie où j’ai découvert que la situation diffère fortement dans certains pays où la proportion de femmes dans la technique est beaucoup plus forte que chez nous.

Blandine : Lors du “tour du monde” (que tu viens de terminer), tu as présenté les Jduchess à l’étranger et permis de lancer de nouveaux groupes dans différents pays. Peux-tu nous parler de ces rencontres ? As-tu rencontré des personnes motivées et intéressées par les Jduchess ?
Agnès : Oui j’ai donc eu la chance de voyager sur 2011/2012 dans beaucoup de régions du globe différentes. Et j’ai donc eu la chance de participer au lancement des groupes Duchess Africa et Duchess Indonésie.
En août dernier, j’ai décidé de commencer mon périple autour du globe en donnant bénévolement une formation Java à Lomé (Togo). J’avais deux filles parmi mes élèves. Je leur ai parlé du réseau des Duchesses et elles ont pensé qu’il serait très intéressant de créer un groupe Duchess Africa et particulièrement en Afrique occidentale (la formation avait lieu au Togo, mais les filles étaient ivoiriennes). Elles ont voulu monter ce groupe pour faciliter l’accès des femmes africaines à des carrières dans l’informatique en général (et pourquoi pas dans le développement Java). En Afrique, peu de filles vont à l’école, sans parler de l’accès aux études scientifiques, il y a donc très peu de femmes ingénieurs en informatique. Ainsi, Duchess Africa est né en août 2011 et depuis je crois savoir qu’elles sont une cinquantaine. Vous pouvez lire mon article sur le blog des Duchesses, sur mon retour sur le lancement de Duchess Africa.

Fin 2011, j’étais en Asie. J’ai donné des conférences/ateliers à l’école Meruvian qui est une organisation à but non lucratif situé à Jakarta, portée sur Java et Open Source. Cette école propose un cursus informatique très orienté sur la programmation Java pour les jeunes entre 16 et 21 ans qui n’ont pas les moyens d’aller à l’Université. J’ai rencontré deux filles, Mila et Nety, d’à peine 20 ans et qui s’occupaient de cette école. Elles ont été intéressées par l’initiative et ont décidé de lancer l’antenne Duchess Indonésie qui regroupe aujourd’hui 200 personnes ! Vous pouvez mon article sur le blog des Duchesses, sur mon retour sur le lancement de Duchess Indonesia.

Blandine : On croise peu de femmes dans les conférences en France. Cela t’étonne-t-il ? A priori, la situation est inversée en Asie ou la majorité des développeurs sont des femmes. Est-ce un sujet dont tu vas parler lors du BOF et pourquoi ?
Agnès : Dans les pays occidentaux, nous faisons souvent le même constat : l’univers des développeurs est quasi uniquement masculin. Et cela, hélas, ne m’étonnait plus vraiment. Je pensais que c’était une situation générale, que l’on retrouvait partout dans le monde.

Pourquoi chez nous ou plus généralement dans les pays occidentaux, les filles sont-elles si peu présentes dans les domaines techniques en général, et dans l’informatique en particulier ? La première explication peut être liée aux choix d’éducation et de formation des femmes. Certains préjugés sont ancrés au sein de la famille et de la société et se révèlent lors des choix des jeunes filles pour une formation. Les parents ou les enseignants leur déconseillent souvent de suivre une formation trop technique, qui déboucherait sur des professions traditionnellement masculines, où la présence des femmes n’est pas encore complètement acceptée. Une autre explication peut venir du fait que certains métiers techniques, comme celui de l’informaticien, souffre de certains stéréotypes. L’informaticien est souvent représenté comme un homme, jeune, blanc, hétérosexuel, fan d’univers comme celui de l’heroïc- fantasy et encore celui des jeux vidéos. Ces univers sont par ailleurs bien souvent remplis de références principalement masculines ou les filles ont peu de place. Quand elles y sont représentées, c’est souvent de manière dégradante ou humiliante. Je me souviens d’une publicité récente pour la sortie d’une version d’Ubuntu (une distribution de Linux) : une paire de fesses féminine parfaitement calibrée vêtue d’un slip Ubuntu. Vous allez me dire qu’on trouve ce genre de représentations quel que soit le produit (voiture, produit ménager, crème dessert, etc.).

J’ai effectivement eu la chance de voyager récemment pour m’apercevoir que la situation diffère dans d’autres coins du globe. Je suis allée notamment en Indonésie où j’ai rencontré les filles qui ont lancé l’antenne Duchess Indonésie. Dans ce pays, 60 % des personnes ayant une activité dans l’informatique sont des filles. Je vais parler lors du BOF de cette différence que j’ai observée en Asie donc et des quelques pistes qui pourraient l’expliquer. En Indonésie, là où plus de la moitié des développeurs informatiques sont des filles, la plupart des écoles ne sont pas mixtes. On touche ainsi à la question de la non-mixité, souvent décriée ou mal comprise. Outre la remise en cause perpétuelle de la légitimité des luttes féministes, il faut souvent argumenter sur l’utilité et le sens d’une organisation en espaces non-mixtes. Pourtant, dans l’histoire de beaucoup de mouvements de femmes, la non-mixité a toujours été bénéfique pour avancer dans l’organisation des collectifs. Les observations en classes mixtes indiquent que les cours de sciences sont dominés par les garçons, ils “accaparent le bon matériel et l’attention du professeur, répondent à la majeure partie des questions et réalisent les expériences, tandis que les filles assistent, rédigent les comptes-rendus à la manière de secrétaires et restent en retrait dans la classe. De plus, certaines études affirment que les contextes mixtes ont tendance à renforcer les stéréotypes de genre, et donc à reproduire l’équation sciences = hommes” *1.  Je ne suis pas en train de dire qu’il serait bon de retourner à l’école non-mixte, mais peut-être que certaines activités organisées en non-mixité pourraient inviter un peu plus les filles à découvrir des domaines techniques qui à priori ne leur sont pas destinés. Tasha Carl, une amie belge, m’a parlé d’une initiative, Greenlight For Girls. Il s’agit d’une fondation qui cible les femmes de tout age, et non-pas uniquement dans l’informatique, mais dans ce qu’on appelle le STEM – Science Technology Engineering Mathématics… Et ça marche plutôt bien, ce qui pourrait faire taire ceux qui affirment qu’elles ne sont pas câblées pour la technique !

*1 Gillibrand, E., Robinson, P., Brawn, R., & Osborn, A. (1999). Girls’ participation in physics in single sex classes in mixed schools in relation to confidence and achievement. International Journal of Science Education, 21, 349-362

Blandine : Tu es aussi coorganisatrice de Mix-IT. Peux-tu nous présenter cet événement ?
Agnès : Mix-IT est l’aboutissement de la collaboration entre le Lyon Java User Group et le Club Agile Rhône-Alpes.
Mix-IT est né d’une envie commune de créer une conférence à Lyon accessible à tous (donc pas trop chère) sur l’agilité, l’écosystème Java et les innovations I.T., Web ou mobile. En 2011, la première édition de Mix-IT voyait le jour. Et le 26 avril prochain, Mix-IT deuxième édition se déroulera à SUPINFO LYON pour des sessions sur différents sujets, des jeux et des rencontres. Entre 300 et 400 personnes sont attendues à cet événement. Certains speakers internationaux sont annoncés (Pamela Fox notamment, ex-Googler de San-Francisco, Bodil Stokke sur Javascript, ou Pieter Hintjens, spécialiste du messaging, créateur de ZeroMQ), la majorité des speakers étant français, comme Emmanuel Bernard (membre de l’équipe Hibernate chez JBoss) ou encore Jean Claude Grosjean (auteur du blog QualityStreet) et Gilles Mantel, des coachs agiles reconnus.

Je suis très fière également que près d’un quart des speakers de Mix-IT soit des femmes ! Nous ne nous sommes pas “forcés” à prendre des femmes, mais on a simplement élargi notre recherche de speakers d’une part et d’autre part nous nous sommes rendu compte, et c’est plutôt une bonne nouvelle, qu’il y a de plus en plus de femmes reconnues sur des domaines techniques. Quand nous avons cherché des speakers sur Javascript par exemple, notamment sur les frameworks MVC JS côté client, le nom de Bodil Stokke est rapidement arrivé !

Merci Agnès !
Rendez-vous au BOF Duchess France le jeudi 19 avril de 19h à 20h et
à Mix-IT le jeudi 26 avril à Lyon.

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Blandine Bourgois est développeuse Java chez un éditeur de logiciel. Elle est membre du programme Nao développeur depuis 2012. Marseillaise depuis peu, elle espère rencontrer d’autres développeuses pour organiser des soirées ou participer à des projets/hackathon/concours de dev dans le sud…

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