Rencontre avec Marjolaine Bouquet

Les portraits

Habituées à rencontrer des femmes dans le web, cette fois-ci on vous présente Marjolaine Bouquet. Marjolaine est une membre active de notre communauté à Lyon, ingénieure, codeuse très expérimentée qui ne fait – pour l’instant 😉 – ni web ni mobile. Elle est experte Delphi!
J’ai échangé avec elle un peu avant mon départ en congés maternité, elle a changé de travail depuis, elle est dans une nouvelle entreprise depuis la rentrée !
Voici son portrait, et merci Marjolaine pour ton temps!

Bonjour Marjolaine, est-ce que tu peux te présenter?

Marjolaine, bientôt 41 ans, ingénieure logiciel, experte Delphi. Je travaille dans le développement logiciel depuis 2002, j’ai travaillé en SSII puis chez des éditeurs.
Depuis 3 ans, je travaille chez un éditeur lyonnais sur un logiciel destiné aux notaires (logiciel de rédaction d’actes), mais je change de travail à la rentrée !

Comment as tu découvert le developpement ?

Je crois que je suis ce qu’on peut appeler une geek de la 1ère heure. Je suis née à la fin des années 70, j’ai vécu l’arrivée de l’informatique “grand public”.
J’ai 2 oncles, âgés de 15 ans de plus que moi, qui étaient informaticiens (autodidactes, à l’époque les études d’informatique étant rarissimes), l’un à la Société Générale (le frère de mon père) et l’autre à la Caisse d’Epargne (le frère de ma mère). Mes parents sont des littéraires, et dans les années 80, l’informatique était encore quelque chose d’un peu magique et compliqué, mais quand même, j’en entendais parler par le biais de mes oncles.
Mon 1er contact avec un ordinateur a dû être en CM1 ou CM2 (donc 87 ou 88), l’école du village où j’habitais en a acquis un. Je me souviens avoir fait des exercices de maths dessus, carrés magiques, etc. Ensuite, au collège, l’initiation au LOGO sur MO5 et TO7 (déjà vieux pour le début des années 90, j’étais dans un petit collège de campagne^^), seuls les plus de 40 ans comprendront de quoi je parle 😉 En cours de techno, on nous a appris à utiliser des machines à écrire électroniques.
J’ai eu à la fin des années 80 un ordinateur à cassette pour jouer, un Amstrad CPC, qui n’a malheureusement pas résisté à la foudre, et ensuite ma 1ère console de jeux vidéos, une NES. J’étais très intriguée et fascinée par ces machines, Minitel aussi, avec lesquelles il me semblait qu’on pouvait faire beaucoup de choses.

Je considère que les codeurs sont des artisans dans un certain sens.

J’ai dû écrire mes premiers programmes en Basic sur ma calculatrice en 4ème/3ème, essentiellement des programmes mathématiques ou graphiques (pour vérifier mes résultats aux contrôles notamment^^).
Mon père a eu un ordinateur à la maison au début des années 90, je n’avais pas le droit d’y toucher. Mais évidemment j’y touchais quand il avait le dos tourné 😀 Honnêtement, à part lancer quelques jeux et quelques commandes DOS, je ne faisais pas grand-chose mais ça m’amusait.

Quelles études as-tu réalisé ?

En 2de, j’ai voulu m’orienter vers une seconde TSA, mais mon père, pensant que c’était une voie de garage, a refusé. J’ai donc fait une seconde SVT puis une 1ère et une Terminale S spécialité Maths. En Terminale, une option Informatique était proposée dans notre lycée, animée par ma prof de physique. 1995, 1h par semaine à apprendre à programmer en Turbo-Pascal. J’adorais ça et ça m’a passionnée mais je n’imaginais pas en faire mon métier à l’époque.

En 15 ans, je suis passée de la lecture automatique de documents au notariat, en passant par la logistique ferroviaire, les OPCA et l’actuariat. A chaque fois, un nouveau métier, un nouvel univers à découvrir, c’est passionnant.

Après mon bac S, je suis partie en fac d’Espagnol (non, ne cherchez pas la logique), je voulais être prof à l’époque.
Je me suis vite rendue compte que malgré mon très bon niveau en langues, je n’étais pas assez littéraire pour cette voie-là. J’ai donc repris des études plus scientifiques ensuite en m’inscrivant en DEUG MASS (Mathématiques Appliquées et Sciences Sociales) en 1997.
A l’époque, dans les universités scientifiques, il y avait un peu d’informatique en DEUG, essentiellement de la programmation (souvent en Turbo-Pascal).
Je me suis rendue compte que j’avais toujours des facilités pour ça et que ça m’amusait toujours. L’université où j’étais comprenait un IUP MIAGE et permettait aux étudiants de MASS de faire un double DEUG MASS/MIAGE. Après un entretien avec le directeur de l’IUP, je suis rentrée en MIAGE à l’IUP d’Evry, où j’ai obtenu ma maîtrise en 2001.

Qu’est-ce qui te plaît dans le développement?

A la sortie de mes études, avec un diplôme MIAGE, j’avais le choix entre système/réseaux et dev, mais j’ai toujours été plus intéressée par la programmation que par le “système”. L’ordinateur en tant que machine m’intéresse, mais ce qu’on peut faire avec ou ce qu’on peut lui faire faire m’intéresse encore plus.

Au bout de plus de 15 ans de carrière, on peut avoir la tentation de rester dans sa zone de confort.

Ce qui me plait dans le développement, c’est de “créer” quelque chose. Partir d’une idée et la mettre en oeuvre, créer des interfaces ou des moteurs.
Je considère que les codeurs sont des artisans dans un certains sens. Comme les technologies ne cessent d’évoluer/de se créer tout le temps, c’est aussi un métier où doit toujours apprendre, évoluer.On est rarement dans la routine. A chaque nouvel employeur ou nouveau logiciel, on doit aussi apprendre ou au moins comprendre le fonctionnel.
En 15 ans, je suis passée de la lecture automatique de documents au notariat, en passant par la logistique ferroviaire, les OPCA et l’actuariat.
A chaque fois, un nouveau métier, un nouvel univers à découvrir, c’est passionnant.

Une journée type parfaite ?

Une journée sans réunion et interruptions diverses et variées, bref une journée où je peux coder tranquillement 🙂

Quels sont les challenges auxquels tu te confrontes ?

 Chaque nouvelle fonctionnalité à développer est un challenge 🙂
Le plus compliqué est d’appréhender quelque chose qu’on ne maitrise pas encore. Au bout de plus de 15 ans de carrière, on peut avoir la tentation de rester dans sa zone de confort. Récemment par exemple, j’ai eu à prendre en charge un module développé par un collègue parti depuis, avec des appels à des webservices en C#. C’est quelque chose que je n’avais encore jamais fait donc après lecture de son code et un peu de reverse-engineering, j’ai cherché dans la documentation de Microsoft et sur Google.
J’utilise beaucoup les wikis et les documentations et Google est mon ami évidemment 😉

Des conseils pour des développeuses junior ?

Se faire confiance, surtout ne pas s’autocensurer et ne pas écouter les mauvaises langues qui leur diront que c’est trop compliqué pour elles, que ce n’est pas un métier pour les femmes (malheureusement il en existe encore…).

Dans ma 1ère entreprise, seule femme de l’équipe, j’ai parfois eu la sensation d’avoir à faire mes preuves 2 fois plus que les hommes. Après ça, j’ai eu la chance de tomber sur des chefs et des collègues intelligents.

Une anecdote drôle à raconter ?

Au tout début de ma carrière, j’ai souvenir d’un client au téléphone qui m’avait demandé s’il pouvait parler à un “vrai” informaticien.
Désolée, je n’ai pas plus drôle 😀 J’ai été un peu confrontée au sexisme à l’université et au début de ma carrière, j’ai croisé des hommes pour qui une développeuse était forcément moins bonne qu’un développeur.

CRÉDIT : THINKSTOCK

Dans ma 1ère entreprise, seule femme de l’équipe, j’ai parfois eu la sensation d’avoir à faire mes preuves 2 fois plus que les hommes. Après ça, j’ai eu la chance de tomber sur des chefs et des collègues intelligents, qui ne m’ont jamais fait sentir que le fait que je sois une femme faisait une différence dans le boulot.
Je suis d’ailleurs persuadée que ça n’en fait aucune. Je ne crois pas aux théories essentialistes qui avancent qu’une femme dans une équipe apporterait une vision différente. Nous sommes tous différents, hommes ou femmes….

Les outils que tu utilises au quotidien ?

Actuellement, je développe essentiellement en Delphi et C# (.net). Je suis environ 60% de mon temps sur l’EDI Delphi.
Je travaille sur du client/serveur, j’utilise beaucoup Notepad++ et Toad for SQL Server pour écrire les requêtes ou procédures SQL.
Le logiciel sur lequel je travaille en ce moment nécessite de créer et traiter des flux XML, j’utilise Notepad++ aussi pour la lecture de ces flux. Le reste du temps, j’utilise Visual Studio et le Framework .Net pour les développements en C# et la gestion des sources.
Je fais également un peu de développement Web sur un site en ASP .net MVC (toujours sur Visual Studio) mais c’est assez marginal par rapport au reste. Tout ça sous Windows.

Si vous sentez que c’est votre truc, n’hésitez pas, foncez.

Au delà de la vie pro, des hobbies?

J’ai été une grosse joueuse (Wow essentiellement), je joue moins maintenant, j’ai essayé de me sevrer 😀
Les BDs, l’heroic fantasy, les séries, les jeux de plateau (je vous ai dit que j’étais une geek, non?).
J’aime aussi beaucoup les chats (j’en ai 3).

Des conseils aux femmes qui hésitent à une reconversion vers l’IT ?

La même chose que pour les devs junior, ne pas écouter les mauvaises langues. Il existe des initiations au code très bien faites sur Internet, à mon avis ça permet vite de se rendre compte si on est fait pour ça ou pas. Si vous sentez que c’est votre truc, n’hésitez pas, foncez.
On a la chance d’être dans un secteur d’activité qui ne souffre pas pour l’instant du chômage, il faut en profiter.

Merci Marjolaine!!

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I'm a Software Engineer based in Paris, working at Red Hat. I've joined the Infinispan Team and I contribute to Infinispan, Vert.x and Spring-Boot projects for my work and for fun! I'm a Duchess France Board member. I share knowledge about Java, Infinispan, Vert.x, Scala, Go, MongoDB or Agile Development through formal presentations (Codemotion, Agile France, MongoDB SF, Google Fest W Paris, Geneva JUG ...) or hands-on workshops (Devoxx, Duchess France). I'm passionate about the community contribution, open-source and drama.

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